Parler au téléphone en conduisant peut donner l’impression de rester attentif, surtout lorsque l’on garde les yeux sur la route. Pourtant, une étude menée en 2026 par OpinionWay pour Assurance Prévention auprès de 26 conducteurs montre un phénomène moins visible : le regard peut rester orienté vers la route alors que certaines performances de conduite se dégradent. Pendant une conversation téléphonique, les participants ont notamment réagi plus lentement, accumulé davantage de distractions, commis plus d’excès de vitesse et effectué davantage de freinages brutaux.
Une conversation téléphonique peut affecter la vigilance au volant même lorsque le conducteur continue à regarder la route. Dans cette expérience sur simulateur, le temps de réaction moyen des participants a augmenté de 14 %, les distractions de 17 % et les clignements des yeux de 57 %. Plusieurs erreurs et comportements à risque ont également été plus fréquents pendant la conversation.
- Téléphoner au volant réduit-il réellement la vigilance ?
- Pourquoi regarder la route ne garantit-il pas d’être attentif ?
- Quels comportements changent pendant une conversation ?
- Les effets sont-ils différents selon le type de route ?
- Comment l’expérience a-t-elle été réalisée ?
- Quelles sont les limites de cette étude ?
- FAQ sur les conversations téléphoniques au volant
Téléphoner au volant réduit-il réellement la vigilance ?
Les résultats montrent une dégradation de plusieurs indicateurs de vigilance et de conduite pendant une conversation téléphonique. Ce constat n’apparaît pourtant pas clairement lorsque l’on observe uniquement la direction du regard.
Sans conversation, les participants consacrent 81,8 % de leur temps à la route, en comptabilisant la vision vers l’avant et le contrôle des rétroviseurs. Avec une conversation téléphonique, cette proportion atteint 82,4 %. La différence est donc très faible.
La vision vers l’avant reste elle aussi relativement proche entre les deux situations : 75,3 % du temps sans conversation contre 73,8 % avec conversation.
En revanche, lorsque les chercheurs examinent les performances et les comportements des conducteurs, des différences apparaissent. Le temps de réaction augmente, tout comme le nombre de distractions, les excès de vitesse, certains freinages et les erreurs de suivi de l’itinéraire.
+14 %
Le temps de réaction moyen passe de 0,97 seconde sans conversation à 1,11 seconde lorsque les participants conduisent en ayant une conversation téléphonique.
Ce résultat est particulièrement révélateur : les participants continuent globalement à regarder la route, mais ils mettent davantage de temps à réagir.
Pourquoi regarder la route ne garantit-il pas d’être attentif ?
La vigilance ne dépend pas uniquement de l’endroit où se portent les yeux. Conduire demande également d’identifier les informations pertinentes, de les interpréter et de décider rapidement comment réagir.
L’étude met justement en évidence un décalage entre attention visuelle apparente et performances de conduite. Le temps passé à regarder la route reste presque identique avec ou sans conversation, alors que plusieurs autres indicateurs évoluent défavorablement.
Les yeux peuvent être sur la route sans que toute l’attention soit disponible. Selon l’interprétation du rapport, la charge cognitive liée à la conversation détourne une partie de l’attention. Le conducteur peut continuer à regarder la chaussée ou ses rétroviseurs sans traiter aussi efficacement toutes les informations nécessaires à sa conduite.
Les auteurs expliquent ainsi qu’un conducteur peut avoir l’impression d’être vigilant parce qu’il continue à adopter les bons réflexes visuels. Le maintien du regard vers l’avant ne signifie cependant pas nécessairement que l’information observée est entièrement analysée.
Les conducteurs regardent moins longtemps leur compteur
Une première différence concerne le compteur de vitesse. Sur l’ensemble du parcours, les participants passent 4 minutes 10 secondes à regarder leur compteur sans conversation, contre 3 minutes 40 secondes lorsqu’ils sont en conversation.
Cette diminution est intéressante à rapprocher d’un autre résultat de l’expérience : les excès de vitesse deviennent plus fréquents pendant la conversation téléphonique.
Le nombre de clignements des yeux augmente de 57 %
Le dispositif de suivi du regard enregistre également une forte augmentation du nombre de clignements des yeux. Les chercheurs en comptabilisent 295 sans conversation contre 463 avec conversation, soit une hausse de 57 %.
+57 %
Le nombre de clignements des yeux enregistré pendant le parcours passe de 295 sans conversation à 463 avec conversation téléphonique.
Le rapport interprète cette augmentation comme un signe compatible avec une diminution de la vigilance et de la concentration. Il explique que lors d’activités demandant une concentration visuelle importante, le cerveau tend normalement à limiter les clignements afin de maintenir l’information visuelle disponible.
Les distractions augmentent également
L’étude comptabilise 871 distractions pendant le parcours sans conversation contre 1 020 pendant celui avec conversation. Cela représente une augmentation de 17 %.
Le rapport utilise une définition large de la distraction. Il comptabilise les comportements qui empêchent momentanément de regarder la route, notamment certains regards vers le tableau de bord, le compteur ou le GPS, les clignements des yeux ou encore certaines actions sur les équipements du véhicule.
Quels comportements changent pendant une conversation ?
Les différences observées ne concernent pas uniquement le regard. Plusieurs comportements enregistrés par le simulateur deviennent plus fréquents lorsque les participants sont en conversation téléphonique.
| Indicateur | Sans conversation | Avec conversation | Évolution |
|---|---|---|---|
| Temps de réaction moyen | 0,97 s | 1,11 s | +14 % |
| Distractions | 871 | 1 020 | +17 % |
| Clignements des yeux | 295 | 463 | +57 % |
| Excès de vitesse | 3,7 | 4,4 | +20 % |
| Flashs aux contrôles radar | 0,15 | 0,31 | +107 % |
| Freinages brutaux | 4,77 | 5,92 | +24 % |
| Erreurs de suivi GPS | 0,19 | 0,35 | +84 % |
| Accidents relevés | 0,15 | 0,46 | +206 % |
Ces résultats montrent que la conversation est associée à des changements touchant plusieurs dimensions différentes de la conduite : contrôle de la vitesse, réaction face aux événements, suivi de l’itinéraire et gestion de certaines situations nécessitant un freinage.
Les excès de vitesse augmentent de 20 %
Le nombre moyen d’excès de vitesse passe de 3,7 sans conversation à 4,4 avec conversation, soit une augmentation de 20 %.
Les contrôles radar intégrés au parcours font apparaître une différence encore plus importante. Trois radars étaient présents : deux sur route et un sur autoroute. Le nombre moyen de flashs passe de 0,15 à 0,31, soit une augmentation de 107 %.
Les freinages brutaux sont 24 % plus fréquents
Le nombre moyen de freinages considérés comme brutaux atteint 4,77 sans conversation contre 5,92 avec conversation. L’étude rapporte ainsi une augmentation de 24 %.
Ce résultat complète celui concernant le temps de réaction. Pendant la conversation, les participants mettent en moyenne davantage de temps à réagir et réalisent également davantage de freinages importants.
Les erreurs GPS augmentent de 84 %
Le nombre moyen d’erreurs de suivi GPS passe de 0,19 sans conversation à 0,35 avec conversation, soit une augmentation de 84 %.
Une erreur d’itinéraire n’est pas automatiquement dangereuse. Le rapport souligne néanmoins qu’elle peut avoir des conséquences indirectes si le conducteur tente ensuite de corriger son trajet par une manœuvre inadaptée.
Trois fois plus d’accidents dans les conditions de la simulation
Le nombre moyen d’accidents enregistrés constitue l’une des différences les plus importantes de l’expérience. Il passe de 0,15 sans conversation à 0,46 avec conversation téléphonique.
+206 %
Le nombre moyen d’accidents relevés dans la simulation passe de 0,15 à 0,46 lorsque les participants conduisent en ayant une conversation téléphonique, soit environ trois fois plus.
Le rapport calcule ainsi une augmentation de 206 % et décrit un nombre d’accidents multiplié par environ trois.
Ce chiffre ne signifie pas que téléphoner multiplie systématiquement par trois le risque d’accident sur route réelle. Il correspond à la différence observée chez 26 conducteurs dans les conditions précises de cette expérience sur simulateur.
Tous les indicateurs ne se dégradent pas
L’étude ne constate pas une détérioration sur chaque critère analysé. La distance totale parcourue avec une distance de sécurité insuffisante est de 4 km 265 m sans conversation contre 4 km 749 m avec conversation. Le rapport considère les résultats comme similaires et indique ne pas observer de dégradation de la conduite sur ce critère.
Les effets sont-ils différents selon le type de route ?
Certains indicateurs évoluent différemment en ville, sur route départementale et sur autoroute. L’étude permet donc d’observer plus précisément dans quelles parties du parcours les différences apparaissent.
En ville
Le temps d’attention à la route est de 70 % sans conversation contre 71,4 % avec conversation. Le nombre de distractions passe de 60 à 56 et ne montre donc pas d’augmentation.
En revanche, les clignements des yeux passent de 18 à 24, soit une hausse de 33 %.
Sur route départementale
Le temps d’attention à la route reste très proche : 80,2 % sans conversation et 81,3 % avec conversation.
Le nombre de clignements passe en revanche de 198 à 294 (+48 %), tandis que les distractions progressent de 588 à 660 (+12 %).
Sur autoroute
Sur autoroute, le temps d’attention à la route passe de 85 % à 84 %. La vision vers l’avant diminue également, de 77 % sans conversation à 74,5 % avec conversation.
Les écarts sont plus importants sur d’autres indicateurs : les clignements des yeux passent de 77 à 127 (+65 %) et les distractions de 220 à 278 (+26 %).
Ces résultats ne suffisent cependant pas à affirmer qu’une conversation téléphonique serait systématiquement plus dangereuse sur autoroute. Ils montrent uniquement que, dans cette expérience, certaines différences y sont plus importantes que dans les autres portions du parcours.
Comment l’expérience a-t-elle été réalisée ?
L’étude repose sur 26 participants âgés de 21 à 59 ans. Le rapport indique une bonne répartition selon l’âge et le sexe. Les participants étaient titulaires du permis B et utilisaient leur voiture quotidiennement ou chaque semaine.
Chaque conducteur a effectué le même parcours de 37 kilomètres dans deux conditions :
- une conduite sans conversation téléphonique ;
- une conduite avec une conversation quasi continue avec une intelligence artificielle.
Le parcours reproduisait un départ en vacances avec 3 km en ville, 17 km sur route départementale et 17 km sur autoroute. Il comprenait des feux tricolores, intersections, limitations de vitesse, radars, véhicules arrêtés, motos, circulation dense, changements de file et autres situations nécessitant une surveillance du conducteur.
Au total, les analyses portent sur plus de 1 924 kilomètres et 26 heures de conduite. Le temps moyen consacré au test était d’environ 1 h 30 par participant, phase de prise en main comprise.
Le regard était suivi automatiquement
Le simulateur Develter Innovation était équipé de trois écrans de 55 pouces ainsi que d’un système Tobii d’eye tracking. Ce dispositif permettait notamment de mesurer les zones regardées par les conducteurs ainsi que le nombre et le temps de fermeture des yeux.
Le logiciel enregistrait parallèlement différents comportements : accidents, infractions, distances de sécurité, changements de file, erreurs d’itinéraire et réactions dans les situations à risque.
OpinionWay était chargé du recrutement et de l’analyse des résultats avec Develter Innovation. Develter Innovation assurait notamment la conception du scénario et la mise à disposition des simulateurs.
Quelles sont les limites de cette étude ?
Les différences mesurées permettent d’étudier l’effet d’une conversation dans un environnement contrôlé, mais elles ne doivent pas être transformées en estimations universelles du risque routier.
- L’échantillon est limité à 26 participants. Les pourcentages observés ne peuvent donc pas être considérés comme des valeurs précises applicables à l’ensemble des conducteurs.
- L’expérience se déroule sur simulateur. Les conducteurs sont confrontés à des situations contrôlées, mais les conséquences d’une erreur ne sont pas celles d’un accident réel.
- La conversation est quasi continue et réalisée avec une IA. L’étude ne permet pas de déterminer si toutes les conversations produisent exactement les mêmes effets, indépendamment de leur durée, de leur complexité ou de l’interlocuteur.
- Le rapport ne présente pas de tests de significativité statistique pour les écarts mis en avant. Il rapporte les différences observées et leurs évolutions en pourcentage, sans fournir d’intervalles de confiance ou de valeurs p permettant d’estimer l’incertitude de ces différences.
- Certains critères restent proches entre les deux parcours. C’est notamment le cas du temps global consacré visuellement à la route et des distances de sécurité insuffisantes.
Comment interpréter correctement les chiffres ? Une hausse de 206 % du nombre d’accidents signifie que cette différence a été mesurée entre les deux conditions de l’expérience. Elle ne signifie pas que chaque automobiliste augmente exactement son risque d’accident de 206 % lorsqu’il téléphone.
FAQ sur les conversations téléphoniques au volant
Une conversation téléphonique peut-elle distraire même si l’on regarde la route ?
Oui. Dans cette étude, le temps consacré visuellement à la route reste presque identique avec et sans conversation, mais le temps de réaction augmente de 14 % et plusieurs comportements à risque deviennent plus fréquents. Le fait de continuer à regarder devant soi ne garantit donc pas que toute l’attention nécessaire à la conduite reste disponible.
De combien le temps de réaction augmente-t-il lorsqu’on téléphone au volant ?
Chez les 26 participants étudiés, le temps de réaction moyen passe de 0,97 à 1,11 seconde pendant la conversation téléphonique, soit une augmentation de 14 %.
Quels comportements augmentent pendant une conversation téléphonique ?
L’étude relève notamment davantage de distractions (+17 %), d’excès de vitesse (+20 %), de flashs radar (+107 %), de freinages brutaux (+24 %) et d’erreurs de suivi GPS (+84 %). Le nombre d’accidents relevés dans la simulation augmente également de 206 %.
Le téléphone multiplie-t-il réellement par trois le risque d’accident ?
L’étude ne permet pas de l’affirmer pour la conduite réelle. Elle constate que le nombre moyen d’accidents passe de 0,15 à 0,46 entre les deux conditions, soit environ trois fois plus dans la simulation. Avec seulement 26 participants et un environnement simulé, cette différence ne peut pas être convertie directement en risque individuel pour tous les automobilistes.
Pourquoi parler au téléphone peut-il distraire sans regarder son téléphone ?
Selon l’interprétation proposée dans le rapport, la conversation mobilise une partie des ressources cognitives nécessaires à la conduite. Le conducteur peut donc continuer à regarder la route tout en traitant moins efficacement certaines informations visuelles et en réagissant plus lentement.
Au volant, avoir les yeux sur la route ne suffit pas toujours
L’étude met en évidence un phénomène difficile à percevoir pour le conducteur lui-même : une conversation peut perturber certaines performances alors que le regard reste globalement orienté vers la route.
Chez les 26 participants testés, le temps de réaction augmente de 14 %, les distractions de 17 %, les excès de vitesse de 20 %, les freinages brutaux de 24 % et les erreurs GPS de 84 %. Le nombre moyen d’accidents relevés est également environ trois fois plus élevé dans la condition avec conversation.
Ces pourcentages décrivent les résultats d’une expérience sur simulateur et ne constituent pas une estimation exacte du risque encouru par chaque conducteur sur route réelle. Ils montrent néanmoins pourquoi le sentiment de rester vigilant parce que l’on continue à regarder devant soi peut être trompeur.
Étude source
Titre de l’étude : « Quel est l’impact d’une conversation téléphonique sur la vigilance au volant ? »
Commanditaire : Assurance Prévention.
Réalisation : OpinionWay avec Develter Innovation.
Publication : rapport d’étude publié en juin 2026.
Population étudiée : 26 conducteurs âgés de 21 à 59 ans.
Type d’étude : expérience comparative sur simulateur de conduite, avec un parcours sans conversation et un parcours avec conversation téléphonique quasi continue avec une IA.
Mesures : réalisées en mai 2026 sur plus de 1 924 km et 26 heures de conduite.
DOI : aucun DOI indiqué dans le rapport fourni.